PETIT SALON BAROQUE  

Note d'intention


Indéniablement, le baroque est dans l’air du temps. Pourquoi ce monde-là, si loin de nous, nous touche-t-il aujourd’hui ? Pourquoi depuis 30 ans et plus, est-il si présent – et même en vogue – en musique évidemment, mais aussi en littérature, en cinéma, en architecture, jusque dans la mode ? Et pourquoi me passionne-t-il autant ? C’est pour répondre à ces questions et les partager que j’ai créé ce « salon ».

La vogue baroque ne vient pas de nulle part. Elle a des raisons historiques, bien sûr : en musique, le répertoire baroque est venu combler ceux qui cherchaient autre chose que la musique classique de Mozart à Ravel, et qui ne s’y retrouvaient pas dans les recherches et les révolutions de la musique contemporaine. Des compositeurs du XXe siècle se sont d’ailleurs nourris de ce répertoire – Igor Stravinsky l’évoque dans son Orpheus, Luciano Berio a composé un Orfeo II, Philippe Boesmans a réorchestré Le Couronnement de Poppée… – sans compter les compositeurs de jazz – Fabrizio Cassol et Kris Defoort par exemple.

En ce qui me concerne, c’est à partir de l’opéra que j’ai abordé le baroque, non seulement parce que l’opéra naît à l’âge dit « baroque » (1580-1750), mais parce qu’il en est quelque part l’emblème : autant dans ses formes que dans ses contenus, il condense et exprime l’histoire et l’humanité de cette époque, ses mentalités, ses passions, ses débats, ses contradictions, son rapport au monde. Un monde qui a vu s’agrandir la carte de la Terre (Colomb, Marco Polo), se ranimer le passé (retour à l’Antiquité), naître l’individu (humanisme), s’ébranler la cosmogonie géocentrique (Copernic, Galilée), se déchirer les peuples dans les guerres de religion (réforme et contre-réforme)…

Me fascine le grand theatrum mundi qui s’ensuit (« All the world is a stage », écrit Shakespeare, qui déclare aussi « this time is out of joint »), où les arts et les êtres libèrent le mouvement complexe, turbulent de cet univers qu’on croyait immuable, cultivent l’illusion et l’ambiguïté – puisque la vérité est perdue – , exaltent les émotions exacerbées par tant de bouleversements, et génèrent une esthétique de l’invention, de la variété, de la dépense et du contraste, entre feu et glace, clair et obscur, gloire et vanité, jubilation et mélancolie, monstre et merveille…

Comme en 1600 et quelque, nous sommes, en 2000 et quelque, dans un monde en mutation nous aussi, pris dans les troubles et les doutes, les crises et les peurs — à cause d’autres bouleversements bien sûr, mais qui nous déstabilisent de la même manière et qui suscitent un nouveau théâtre de passions et d’illusions… D’où notre sensibilité au baroque ? Oui, et même plus : dans la foulée d’Eugenio d’Ors, philosophe de l’esthétique qui déclarait en 1920 : « Le baroque est une constante de l’esprit humain, il se manifeste là où il y a transformation, innovation, il se projette toujours vers le futur », la puissance résurgente du baroque est pour moi révélatrice et motrice d’un nouveau rapport au réel, qui pousse à la perspective : retrouver le son perdu de la viole de gambe, entendre et voir Didon ou Orphée ouvrir leur cœur en chantant, réincorporer les gestes et les expressions des passions, c’est se reconnecter à l’humain, dans sa fragilité et dans sa vitalité, c’est puiser des énergies en mouvement pour créer, inventer, et aller de l’avant, à travers les temps turbulents que nous vivons. Oui, le baroque a bien quelque chose à nous dire… pas seulement sur notre passé mais sur notre présent et notre avenir.

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